Mercredi 2 janvier 2013
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Aube
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne
quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une
fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus
la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où
je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles
amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.
ARTHUR RIMBAUD - Illuminations (1886)
=
UNE PROMENADE DANS LA NATURE A L'AUBE ?
"Le premier matin en été et les soirs de décembre, voilà ce qui m'a ravi toujours ici [...] Il me fallait regarder les arbres,
le ciel, saisis par cette heure indicible, première du matin »
(Lettre à
Ernest Delahaye, Juin 1872)
OU
UNE EVOCATION DE LA CREATION DU MONDE ?
« - Sourds, étang, - Écume, roule sur le pont et passe par-dessus les bois ; - draps noirs et orgues,
éclairs et tonnerre, - montez et roulez ; - Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges. »
(Après le Déluge)
OU

UNE INVITATION AU CARPE DIEM ?
« Et je vécus étincelle d’or de la lumière
nature. »
(Une saison en enfer)
OU
GIRODET - Le sommeil
d'Endymion (1791)
UN RÊVE ?
C'est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.
C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.
C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée.
L'air et le monde point cherchés. La vie.
- Etait-ce donc ceci ?
- Et le rêve fraîchit.
OU
UN ELOGE DE L'ENFANCE ?
"Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l'allée
dont le front touche le ciel »
(Enfance)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides
j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
(MA BOHEME)
OU
UNE CELEBRATION DE LA VOYANCE POETIQUE ?
« J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. (…)
Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine,
une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant
moi.
Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots ! »
(Une saison en enfer – « Alchimie du
verbe »)
OU
LE RECIT D'UNE INITIATION AMOUREUSE ?
« Devant une neige un Etre de Beauté de haute taille. (…)
Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour
de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s'élèvent et grondent et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin
derrière nous, lance sur notre mère de beauté, - elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont revêtus d'un nouveau corps amoureux. »
(Being beauteous)
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