Quantcast

Lumières

Jeudi 6 décembre 2012 4 06 /12 /Déc /2012 22:51

De l’esclavage des Nègres

 ( Montesquieu - Livre Xl , Ch. V )

 

 

Charles-de-Montesquieu-Quotes-2.jpg

 


<< Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être très sage ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir,

Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? >>

 

 

 

 

tyranny-montesquieu.jpg

 

 

 

 

C.Montesquieu appartient aux Lumières , et comme tous les Lumières, il voulait changer les choses, le monde !  --> Montesquieu n'etait pas un révolutionnaire, mais plutôt, il utilisait ses oeuvres pour combattre l'injustice

 

 

 

Il voulait faire naître dans les gens la conscience de ce qui se  passait autour d'eux ! --> puisque (surtout la noblesse) c'était comme si les gens vivaient dans une bulle de savon --> tout ça à cause d'un manque de culture et de pensé .

 

 

bubblepop2.jpg

 


Il voulait faire naître dans les gens la capacité de penser et de refléchir! --> des chose fondamentales pour vraiment être et ne faire pas prendre le contrôle de notre vie par quelqu'un d'autre !                        --> " Cogito ergo sum" ( Cartesio).

 

 

il-pensatore-di-rodin.jpg

 

                     " Le penseur" Auguste Rodin 1788- 1902

                                  Le penseur  représente la philosophie!

 


Et donc il voulait donner aux hommes l'intelligence et la culture! --> si qu' ils pouvaient dire d'être réellement des hommes et des humains!

 

libri.jpg

 


Dans ce texte philosophique il utilise l'IRONIE comme arme de combat, puisque la caracthéristique de l'ironie est cela de dire le contraire de la verité qu'on  veut stimuler dans l'autre !  

 

 

 

 

                              " L'Homme écrit ...

              L'Homme lit " ( Montesquieu)

 

 

En conclusion, je pense que Montesquieu a été un grand homme  et je pense vraiment que sa philosophie et sa littérature ont vaincu la grande lutte des Lumières contre la mentalité du monde entière!

Les Lumières nous ont permis de mieux vivre, de nous améliorer et ils nous ont donné la possibilité de choisir, de refléchir, penser et l'énorme possibilité de réagir en utilisant la culture comme un arme de combat

 


 

Par Chiara - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 31 octobre 2012 3 31 /10 /Oct /2012 12:00



A lire :
un article de Roger-Pol Droit
qui raconte les différentes étapes du conflit entre Voltaire et Rousseau
et montre combien cet antagonisme reste actuel.




Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 30 octobre 2012 2 30 /10 /Oct /2012 12:00





Le 1° novembre 1755, un tremblement de terre, suivi d'un raz-de-marée et d'un incendie, ravagea Lisbonne. On compta 30.000 victimes. Voltaire, saisi par l'émotion , y vit  l'occasion de réfuter les thèses optimistes, représentées par Leibniz, Pope et Wolf, qui affirment que le monde créé par Dieu est organisé par la Providence de manière à ce qu'un Mal nécessaire, en proportion infime, soit compensé par un Bien toujours plus grand. Formule que Voltaire caricaturera à plaisir dans Candide « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».


VOLTAIRE - Poème sur le désastre de Lisbonne (1756)

O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D'inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez: « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes,
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes. (...)





ROUSSEAU - Extrait des Confessions
à propos du Poème sur le désastre de Lisbonne


      Je n'étais pas guéri de mon attaque, quand je reçus un exemplaire du poème sur la ruine de Lisbonne que je supposai m'être envoyé par l'auteur. Cela me mit dans l'obligation de lui écrire, et de lui parler de sa pièce. Je le fis par une lettre qui a été imprimée longtemps après, sans mon aveu, comme il sera dit ci-après.
      Frappé de voir ce pauvre homme, accablé, pour ainsi dire, de prospérités et de gloire, déclamer toutefois amèrement contre les misères de cette vie, et trouver toujours que tout était mal, je formai l'insensé projet de le faire rentrer en lui-même, et de lui prouver que tout était bien. Voltaire, en paraissant toujours croire en Dieu, n'a réellement jamais cru qu'au diable, puisque son Dieu prétendu n'est qu'un être malfaisant qui, selon lui, ne prend de plaisir qu'à nuire. L'absurdité de cette doctrine, qui saute aux yeux, est surtout révoltante dans un homme comblé des biens de toute espèce, qui, du sein du bonheur, cherche à désespérer ses semblables par l'image affreuse et cruelle de toutes les calamités dont il est exempt. Autorisé plus que lui à compter et peser les maux de la vie humaine, j'en fis l'équitable examen, et je lui prouvai que de tous ces maux, il n'y en avait pas un dont la Providence ne fût disculpée, et qui n'eût sa source dans l'abus que l'homme a fait de ses facultés plus que dans la nature elle-même. Je le traitai dans cette lettre avec tous les égards, toute la considération, tout le ménagement, et je puis dire avec tout le respect possibles. Cependant, lui connaissant un amour-propre extrêmement irritable, je ne lui envoyai pas cette lettre à lui-même, mais au docteur Tronchin, son médecin et son ami, avec plein pouvoir de la donner ou supprimer, selon ce qu'il trouverait de plus convenable. Tronchin donna la lettre. Voltaire me répondit en peu de lignes qu'étant malade et garde-malade lui-même, il remettait à un autre temps sa réponse, et ne dit pas un mot sur la question. Tronchin, en m'envoyant cette lettre, en joignit une où il marquait peu d'estime pour celui qui la lui avait remise.
      Je n'ai jamais publié ni même montré ces deux lettres, n'aimant point à faire parade de ces sortes de petits triomphes; mais elles sont en originaux dans mes recueils. Liasse A. n° 20 et 21. Depuis lors, Voltaire a publié cette réponse qu'il m'avait promise, mais qu'il ne m'a pas envoyée. Elle n'est autre que le roman de Candide, dont je ne puis parler, parce que je ne l'ai pas lu.
(Confessions, IX)





Source : Site Magister
Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 29 octobre 2012 1 29 /10 /Oct /2012 12:00





VOLTAIRE, LE MONDAIN (1736)


 Regrettera qui veut le bon vieux temps,
 Et l'âge d'or, et le règne d'Astrée,
 Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
 Et le jardin de nos premiers parents;
 Moi je rends grâce à la nature sage
 Qui, pour mon bien, m'a fait naître en cet âge
 Tant décrié par nos tristes frondeurs:         
 Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
 J'aime le luxe, et même la mollesse,
 Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
 La propreté, le goût, les ornements:
 Tout honnête homme a de tels sentiments.
 Il est bien doux pour mon cœur très immonde
 De voir ici l'abondance à la ronde,
 Mère des arts et des heureux travaux,
 Nous apporter, de sa source féconde,
 Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
 L'or de la terre et les trésors de l'onde,
 Leurs habitants et les peuples de l'air,
 Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.
 O le bon temps que ce siècle de fer!
 Le superflu, chose très nécessaire,
 A réuni l'un et l'autre hémisphère.
 Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux

Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,

 S'en vont chercher, par un heureux échange,
 De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,
 Tandis qu'au loin, vainqueurs des musulmans,
 Nos vins de France enivrent les sultans?
 Quand la nature était dans son enfance,
 Nos bons aïeux vivaient dans l'ignorance,
 Ne connaissant ni le tien ni le mien.
 Qu'auraient-ils pu connaître ? Ils n'avaient rien.
 Ils étaient nus: et c'est chose très claire
 Que qui n'a rien n'a nul partage à faire. (…)
 La soie et l'or ne brillaient point chez eux.
 Admirez-vous pour cela nos aïeux?
 Il leur manquait l'industrie et l'aisance:
 Est-ce vertu ? C’était pure ignorance.
 Quel idiot, s'il avait eu pour lors
 Quelque bon lit, aurait couché dehors?
 Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
 Que faisais-tu dans les jardins d'Eden?
 Travaillais-tu pour ce sot genre humain?
 Caressais-tu madame Eve ma mère?
 Avouez-moi que vous aviez tous deux
 Les ongles longs, un peu noirs et crasseux,
 La chevelure un peu mal ordonnée,
 Le teint bruni, la peau bise et tannée.
 Sans propreté l'amour le plus heureux
 N'est plus amour, c'est un besoin honteux.
 Bientôt lassés de leur belle aventure,
 Dessous un chêne ils soupent galamment
 Avec de l'eau, du millet, et du gland;
Le repas fait, ils dorment sur la dure:
Voilà l'état de la pure nature.
Or maintenant voulez-vous, mes amis,
Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,
Soit à Paris, soit dans Londres, ou dans Rome,
Quel est le train des jours d'un honnête homme?
Entrez chez lui : la foule des beaux-arts,
Enfants du goût, se montre à vos regards. (…)
L'heureux pinceau, le superbe dessin
Du doux Corrège et du savant Poussin
Sont encadrés dans l'or d'une bordure;
C'est Bouchardon qui fit cette figure,
Et cet argent fut poli par Germain.
Des Gobelins l'aiguille et la teinture
Dans ces tapis surpassent la peinture. (…)
Mais du logis j'entends sortir le maître :
Un char commode, avec grâces orné,
Par deux chevaux rapidement traîné,
Paraît aux yeux une maison roulante,
Moitié dorée, et moitié transparente:
Nonchalamment je l'y vois promené;
De deux ressorts la liante souplesse
Sur le pavé le porte avec mollesse
Il court au bain: les parfums les plus doux
Rendent sa peau plus fraîche et plus polie.
Le plaisir presse; il vole au rendez-vous
Chez Camargo, chez Gaussin, chez Julie;
Il est comblé d'amour et de faveurs.
Il faut se rendre à ce palais magique
Où les beaux vers, la danse, la musique,
L'art de tromper les yeux par les couleurs,
L'art plus heureux de séduire les cœurs,
De cent plaisirs font un plaisir unique. 
Allons souper. Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices!
Qu'un cuisinier est un mortel divin! (…)
Or maintenant, monsieur du Télémaque,
Vantez-nous bien votre petite Ithaque,
Votre Salente, et vos murs malheureux,
Où vos Crétois, tristement vertueux,
Pauvres d'effet, et riches d'abstinence,
Manquent de tout pour avoir l'abondance:
J'admire fort votre style flatteur,
Et votre prose, encor qu'un peu traînante;
Mais, mon ami, je consens de grand cœur 
D'être fessé dans vos murs de Salente,
Si je vais là pour chercher mon bonheur. 
Et vous, jardin de ce premier bonhomme,
Jardin fameux par le diable et la pomme,
C'est bien en vain que, par l'orgueil séduits,
Huet, Calmet, dans leur savante audace,
Du paradis ont recherché la place:
Le paradis terrestre est où je suis



Source-image



ROUSSEAU, Lettre à M. de Malesherbes (1762)

 

              Quels temps croiriez-vous, Monsieur, que je me rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves? Ce ne sont point les plaisirs de ma jeunesse, ils furent trop rares, trop mêlés d'amertumes, et sont déjà trop loin de moi. Ce sont ceux de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires, ce sont ces jours rapides mais délicieux que j'ai passés tout entiers avec moi seul, avec ma bonne et simple gouvernante, avec mon chien bien-aimé, ma vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur. En me levant avant le soleil pour aller voir, contempler son lever dans mon jardin, quand je voyais commencer une belle journée, mon premier souhait était que ni lettres ni visites n'en vinssent troubler le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins que je remplissais tous avec plaisir parce que je pouvais les remettre à un autre temps, je me hâtais de dîner pour échapper aux importuns et me ménager un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, je partais par le grand soleil avec le fidèle Achate, pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant que j'eusse pu m'esquiver; mais quand une fois j'avais pu doubler un certain coin, avec quel battement de coeur, avec quel pétillement de joie je commençais à respirer en me sentant sauvé, en me disant : " Me voilà maître de moi pour le reste de ce jour ! " J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert où rien remontrant la main des hommes n'annonçât la servitude et la domination, quelque asile où je pusse croire avoir pénétré le premier et où nul tiers importun ne vînt s'interposer entre la nature et moi. C'était là qu'elle semblait déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L'or des genêts et la pourpre des bruyères frappaient mes yeux d'un luxe qui touchait mon cœur, la majesté des arbres qui me couvraient de leur ombre, la délicatesse des arbustes qui m'environnaient, l'étonnante variété des herbes et des fleurs que je foulais sous mes pieds tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'admiration : le concours de tant d'objets intéressants qui se disputaient mon attention, m’attirant sans cesse de l'un à l'autre, favorisait mon humeur rêveuse et paresseuse, et me faisait souvent redire en moi-même : "Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux."

                 Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte la terre ainsi parée. Je la peuplais bientôt d'êtres selon mon cœur, et, chassant bien loin l'opinion, les préjugés, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter. Je m'en formais une société charmante dont je ne me sentais pas indigne. Je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie et, remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur pouvait désirer encore, je m'attendrissais jusqu'aux larmes sur les vrais plaisirs de l'humanité, plaisirs si délicieux, si purs, et qui sont désormais si loin des hommes. Oh ! si dans ces moments quelque idée de Paris, de mon siècle et de ma petite gloriole d'auteur venait troubler mes rêveries, avec quel dédain je la chassais à l'instant pour me livrer sans distraction aux sentiments exquis dont mon âme était pleine ! (…)

                   Je revenais à petit pas, la tête un peu fatiguée, mais le cœur content, je me reposais agréablement au retour, en me livrant à l'impression des objets, mais sans penser, sans imaginer, sans rien faire autre chose que sentir le calme et le bonheur de ma situation. Je trouvais mon couvert mis sur ma terrasse. Je soupais de grand appétit dans mon petit domestique, nulle image de servitude et de dépendance ne troublait la bienveillance qui nous unissait tous. Mon chien lui-même était mon ami, non mon esclave, nous avions toujours la même volonté, mais jamais il ne m'a obéi. Ma gaieté durant toute la soirée témoignait que j'avais vécu seul tout le jour; j'étais bien différent quand j'avais vu de la compagnie, j'étais rarement content des autres et jamais de moi. Le soir j'étais grondeur et taciturne : cette remarque est de ma gouvernante, et depuis qu'elle me l'a dite je l'ai toujours trouvée juste en m'observant. Enfin, après avoir fait encore quelques tours dans mon jardin ou chanté quelque air sur mon épinette, je trouvais dans mon lit un repos de corps et d'âme cent fois plus doux que le sommeil même.

                    Ce sont là les jours qui ont fait le vrai bonheur de ma vie, bonheur sans amertume, sans ennuis, sans regrets, et auquel j'aurais borné volontiers tout celui de mon existence. 

 

 




Voltaire / Rousseau

Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 28 octobre 2012 7 28 /10 /Oct /2012 12:00



En 1755, Rousseau écrit le Discours sur l'Origine de l'inégalité : il y démontre combien l'homme est heureux à l'état de nature et malheureux à l'état social.
Il envoie son discours à Voltaire, le maître des philosophes des Lumières.  La lettre de Voltaire marque le début de l'antagonisme entre les deux hommes, entre deux pensées et deux sensibilités : un conflit qui ne fera que s'envenimer...


 

 


 



EXTRAIT DE LA LETTRE
DE VOLTAIRE A ROUSSEAU (1755)





    J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, et je vous en remercie. Vous plairez aux hommes, à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre, et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m'embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada; premièrement, parce que les maladies dont je suis accablé me retiennent auprès du plus grand médecin de l'Europe, et que je ne trouverais pas les mêmes secours chez les Missouris, secondement, parce que la guerre est portée dans ces pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie, où vous devriez être.
(...)
    M. Chappuis m'apprend que votre santé est bien mauvaise; il faudrait la venir rétablir dans l'air natal, jouir de la liberté, boire avec moi du lait de nos vaches, et brouter nos herbes.
    Je suis très philosophiquement et avec la plus grande estime, etc.

     VOLTAIRE




EXTRAIT DE LA REPONSE
DE ROUSSEAU A VOLTAIRE (1755)





    C'est à moi, Monsieur, de vous remercier à tous égards. En vous offrant l'ébauche de mes tristes rêveries, je n'ai point cru vous faire un présent digne de vous, mais m'acquitter d'un devoir et vous rendre un hommage que nous vous devons tous comme à notre chef. Sensible, d'ailleurs, à l'honneur que vous faites à ma patrie, je partage la reconnaissance de mes concitoyens, et j'espère qu'elle ne fera qu'augmenter encore, lorsqu'il auront profité des instructions que vous pouvez leur donner .[...]
  Vous voyez que je n'aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise, quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j'en ai perdu. A votre égard, monsieur, ce retour serait un miracle, si grand à la fois et si nuisible, qu'il n'appartiendrait qu'à Dieu de le faire et qu'au Diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes; personne au monde n'y réussirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de tenir sur les vôtres.
(...)
    Recherchons la première source des désordres de la société, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l'erreur bien plus que de l'ignorance, et que ce que nous ne savons point nous nuit beaucoup moins que ce que nous croyons savoir. Or quel plus plus sûr moyen de courir d'erreurs en erreurs, que la fureur de savoir tout ? Si l'on n'eût prétendu savoir que la Terre ne tournait pas, on n'eût point puni Galilée pour avoir dit qu'elle tournait. Si les seuls philosophes en eussent réclamé le titre, l'Encyclopédie n'eût point eu de persécuteurs. [...]
    Ne soyez donc pas surpris de sentir quelques épines inséparables des fleurs qui couronnent les grands talents.[...]
    Je suis sensible à votre invitation; et si cet hiver me laisse en état d'aller au printemps habiter ma patrie, j'y profiterai de vos bontés. mais j'aimerais mieux boire de l'eau de votre fontaine que du lait de vos vaches, et quant aux herbes de votre verger, je crains bien de n'y en trouver d'autres que le Lotos, qui n'est pas la pâture des bêtes, et le Moly qui empêche les hommes de le devenir.
    Je suis de tout mon cœur et avec respect, etc.

     ROUSSEAU



 



EXTRAIT DE LA DERNIERE LETTRE
DE ROUSSEAU A VOLTAIRE (1760)


http://img.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L300xH420/rousseau_ramsay_1766-ce371.jpgJean-Jacques Rousseau


Je ne vous aime point, Monsieur; vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que y avez reçu; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que vous ai prodigués parmi eux : c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n'y reste que l'admiration qu'on ne peut refuser à votre beau génie et l'amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n'est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû ni aux procédés que ce respect exige.

  à Montmorency, le 21 mai 1760 (Confessions, X).

ROUSSEAU




EXTRAITS DES
SENTIMENTS DES CITOYENS DE GENEVE
 ECRITS PAR VOLTAIRE (1764)






 

« On a pitié d’un fou; mais quand la démence devient fureur, on le lie. La tolérance, qui est une vertu, serait alors un vice.  »

 

«  (…) si on châtie légèrement un romancier impie, on punit capitalement un vil séditieux. »

 

 

 

 



 


EPIGRAMME
DE VOLTAIRE SUR ROUSSEAU (1766)




Cet ennemi du genre humain,
Singe manqué de l'Arétin,
Qui se croit celui de Socrate ;
Ce charlatan trompeur en vain,
Changeant cent fois son mithridate ;
Ce basset hargneux et mutin,
Bâtard du chien de Diogène,
Mordant également la main
Ou qui le fesse, ou qui l'enchaîne,
Ou qui lui présente du pain.

VOLTAIRE

 



 



Source-image

 

 

 

Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 12:00


LA CHUTE DE L'HUMANITE

ROUSSSEAU : extrait du Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1755)

Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu'à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d'un commerce indépendant : mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre ; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.




LA CHUTE DE JEAN-JACQUES


ROUSSEAU : extrait des Confessions (1782)

J'étudiais un jour seul ma leçon dans la chambre contiguë à la cuisine. La servante avait mis sécher à la plaque les peignes de Mlle Lambercier. Quand elle revint les prendre, il s'en trouva un dont tout un côté de dents était brisé. A qui s'en prendre de ce dégât ? personne autre que moi n'était entré dans la chambre. On m'interroge : je nie d'avoir touché au peigne. M. et Mlle Lambercier se réunissent, m'exhortent, me pressent, me menacent ; je persiste avec opiniâtreté ; mais la conviction était trop forte, elle l'emporta sur toutes mes protestations, quoique ce fût la première fois qu'on m'eût trouvé tant d'audace à mentir. La chose fut prise au sérieux ; elle méritait de l'être. La méchanceté, le mensonge l'obstination parurent également dignes de punition ; mais pour le coup ce ne fut pas par Mlle Lambercier qu'elle me fut infligée. On écrivit à mon oncle Bernard ; il vint. Mon pauvre cousin était chargé d'un autre délit, non moins grave : nous fûmes enveloppés dans la même exécution. Elle fut terrible. Quand, cherchant le remède dans le mal même, on eût voulu pour jamais amortir mes sens dépravés, on n'aurait pu mieux s'y prendre. Ainsi me laissèrent-ils en repos pour longtemps.
On ne put m'arracher l'aveu qu'on exigeait. Repris à plusieurs fois et mis dans l'éclat le plus affreux, je fus inébranlable. J'aurais souffert la mort, et j'y serais résolu. Il fallut que la force même cédât au diabolique entêtement d'un enfant, car on n'appela pas autrement ma constance. Enfin, je sortis de cette cruelle épreuve en pièces, mais triomphant.
Il y a maintenant près de cinquante ans de cette aventure, et je n'ai pas peur d'être aujourd'hui puni derechef pour le même fait ; et bien, je déclare à la face du Ciel que j'en étais innocent, que je n'avais ni cassé, ni touché le peigne, que je n'y avait pas même songé. Qu'on ne me demande pas comment ce dégât se fit : je l'ignore et ne puis le comprendre ; ce que je sais très certainement, c'est que j'en étais innocent.
Qu'on se figure un caractère timide et docile dans la vie ordinaire, mais ardent, fier, indomptable dans les passions, un enfant toujours gouverné par la voix de la raison, toujours traité avec douceur, équité, complaisance, et qui n'avait pas même l'idée de l'injustice, et qui, pour la première fois, en éprouve une si terrible de la part précisément des gens qu'il chérit et qu'il respecte le plus : quel renversement d'idées ! quel désordre de sentiments !  quel bouleversement dans son coeur, dans sa cervelle, dans tout son petit être intelligent et moral ! Je dis qu'on s'imagine tout cela, s'il est possible, car pour moi, je ne me sens pas capable de démêler, de suivre la moindre trace de ce qui se passait alors en moi.
Je n'avais pas encore assez de raison pour sentir combien les apparences me condamnaient, et pour me mettre à la place des autres. Je me tenais à la mienne, et tout ce que je sentais, c'était la rigueur d'un châtiment effroyable pour un crime que je n'avais pas commis. La douleur du corps, quoique vive, m'était peu sensible ; je ne sentais que l'indignation, la rage, le désespoir. Mon cousin, dans un cas un cas à peu près semblable, et qu'on avait puni d'une faute involontaire comme d'un acte prémédité, se mettait en fureur à mon exemple et se montait, pour ainsi dire, à mon unisson. Tous deux dans le même lit, nous nous embrassions avec des transports convulsifs, nous étouffions, et quand nos quand nos jeunes cours un peu soulagés pouvaient exhaler leur colère,  nous nous levions sur notre séant, et nous nous mettions tous deux à crier cent fois de toute notre force : Carnifex ! carnifex ! carnifex !
Je sens en écrivant ceci que mon pouls s'élève encore ; ces moments me seront toujours présents quand je vivrais cent mille ans. Ce premier sentiment de la violence et de l'injustice est resté si profondément gravé dans mon âme, que toutes les idées qui s'y rapportent me rendent ma première émotion, et ce sentiment relatif à moi dans son origine, a pris une telle consistance en lui-même, et s'est tellement détaché de tout intérêt personnel, que mon cour s'enflamme au spectacle ou au récit de toute action injuste, quel qu'en soit l'objet et en quelque lieu qu'elle se commette, comme si l'effet en retombait sur moi. Quand je lis les cruautés d'un tyran féroce, les subtils noirceurs d'un fourbe de prêtre, je partirais volontiers pour aller poignarder ces misérables, dussé-je cent fois y périr. Je me suis souvent mis en nage à poursuivre à la course ou à coups de pierres un coq, une vache, un chien, un animal que j'en voyais tourmenter un autre, uniquement parce qu'il se sentait le plus fort. Ce mouvement peut m'être naturel, et je crois qu'il l'est ; mais le souvenir profond de la première injustice que j'ai soufferte y fut longtemps et trop fortement lié pour ne l'avoir pas beaucoup renforcé.
Là fut le terme de la sérénité de ma vie enfantine. Dès ce moment je cessai de jouir d'un bonheur pur, et je sens aujourd'hui même que le souvenir des charmes de mon enfance s'arrête là. Nous restâmes encore à Bossey quelques mois. Nous y fûmes comme on nous représente le premier homme encore dans le paradis terrestre, mais ayant cessé d'en jouir : c'était en apparence la même situation, et en effet une toute autre manière d'être. L'attachement, le respect, l'intimité, la confiance, ne liaient plus les élèves à leurs guides ; nous les regardions plus comme des dieux qui lisaient dans nos cours : nous étions moins honteux de mal faire et plus craintifs d'être accusés : nous commencions à nous cacher, à nous mutiner, à mentir. Tous les vices de notre âge corrompaient notre innocence et enlaidissaient nos jeux. La campagne même perdit à nos yeux cet attrait de douceur et de simplicité qui va au cour : elle nous semblait déserte et sombre ; elle s'était comme couverte d'un voile qui nous en cachait les beautés. 


http://www.memo.fr/Media/JJR_Confessions.jpg
Rousseau - Confessions


 

Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 4 octobre 2012 4 04 /10 /Oct /2012 12:00

http://membres.multimania.fr/jccau/ressourc/fra18/image15.gif

Denis Diderot

 

 

En 1766, le navigateur Bougainville quitte le port de Brest sur la Boudeuse. Il rallie Saint-Malo en 1769 après avoir visité Tahiti, la plupart des îles du Pacifique et doublé le Cap de Bonne-Espérance. En 1771, il publie le récit de son Voyage autour du monde.

En 1772, le philosophe Diderot publie le Supplément au Voyage de Bougainville. Dans ce dialogue philosophique, il développe ses réflexions sur les problèmes soulevés par le récit de l'explorateur. Ansi dans le passage suivant, il reprend le personnage du vieillard qui apparaissait chez Bougainville et, à travers lui, exprime sa vision de la colonisation...


http://www.decitre.fr/gi/00/9782080723000FS.gif

Source image

 

 

"Pleurez, malheureux Tahitiens! pleurez ; mais que ce soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants: un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console;  je touche à la fin de ma carrière; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. O Tahitiens! mes amis! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent."
    Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta : "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive: nous sommes innocents, nous sommes heureux; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon: qui es-tu donc, pour faire des esclaves? Orou! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal: Ce pays est à nous. Ce pays est à toi! et pourquoi? parce que tu y as mis le pied? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres: Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu?... Tu n'es pas esclave: tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi? Tu es venu; nous sommes-nous jetés sur ta personne? avons-nous pillé ton vaisseau? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux? Nous avons respecté notre image en toi.
    "Laisse nous nos moeurs; elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes; nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, à ton avis? Poursuis jusqu'où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie; mais permets à des êtres sensés de s'arrêter, lorsqu'ils n'auraient à obtenir, de la continuité de leurs pénibles efforts, que des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir l'étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler? Quand jouirons-nous? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu'il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos. Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras; laisse-nous reposer: ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques."


 

 

--------------
----------
-------
Diderot version punk ...

Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 3 octobre 2012 3 03 /10 /Oct /2012 12:00


En 1766, le navigateur Bougainville quitte le port de Brest sur la Boudeuse. Il rallie Saint-Malo en 1769 après avoir visité Tahiti, la plupart des îles du Pacifique et doublé le Cap de Bonne-Espérance.




En 1771, il publie le récit de son Voyage autour du monde. Voici par exemple le passage consacré à la découverte de l'île de Tahiti et à l'accueil par des Tahitiens qui jusque là n'avaient jamais eu aucun contact avec la "civilisation"...


         Nous fûmes reçus par une foule d'hommes et de femmes qui ne se lassaient point de nous considérer ; les plus hardis venaient nous toucher, ils écartaient même nos vêtements, comme pour vérifier si nous étions absolument faits comme eux : aucun ne portait d’armes, pas même des bâtons. Ils ne savaient comment exprimer leur joie de nous recevoir. Le chef de ce canton nous conduisit dans sa maison et nous y introduisit. Il y avait dedans cinq ou six femmes et un vieillard vénérable. Les femmes nous saluèrent en portant la main sur la poitrine, et criant plusieurs fois tayo. Le vieillard était père de notre hôte. Il n'avait du grand âge que ce caractère respectable qu'impriment les ans sur une belle figure: sa tête ornée de cheveux blancs et d'une longue barbe, tout son corps nerveux et rempli ne montraient aucune ride, aucun signe de décrépitude. Cet homme vénérable parut s'apercevoir à peine de notre arrivée; il se retira même sans répondre à nos caresses, sans témoigner ni frayeur, ni étonnement, ni curiosité: fort éloigné de prendre part à l'espèce d'extase que notre vue causait à tout ce peuple, son air rêveur et soucieux semblait annoncer qu'il craignait que ces jours heureux, écoulés pour lui dans le sein du repos, ne fussent troublés par l'arrivée d'une nouvelle race. (…)

            Chaque jour nos gens se promenaient dans le pays sans armes, seuls ou par petites bandes. On les invitait à entrer dans les maisons, on leur y donnait à manger ; mais ce n'est pas à une collation légère que se borne ici la civilité des maîtres de maisons ; la case se remplissait à l'instant d'une foule curieuse d'hommes et de femmes qui faisaient un cercle autour de l'hôte et de la jeune victime du devoir hospitalier ; la terre se jonchait de feuillage et de fleurs, et des musiciens chantaient aux accords de la flûte une hymne de jouissance. Vénus est ici la déesse de l’hospitalité, son culte n’y admet point de mystères, et chaque jouissance est une fête pour la nation. Ils étaient surpris de l’embarras qu’on témoignait ; nos mœurs ont proscrit cette publicité. Toutefois je ne garantis pas qu’aucun n’ait vaincu sa répugnance et ne se soit conformé aux usages du pays.

          J'ai plusieurs fois été, moi second ou troisième, me promener dans l'intérieur. Je me croyais transporté dans le jardin d'Eden : nous parcourions une plaine de gazon couverte de beaux arbres fruitiers et coupée de petites rivières qui entretiennent une fraîcheur délicieuse, sans aucun des inconvénients qu'entraîne l'humidité. Un peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleine mains sur lui. Nous trouvions des troupes d'hommes et de femmes assises à l'ombre des vergers ; tous nous saluaient avec amitié ; ceux que nous rencontrions dans les chemins se rangeaient à côté pour nous laisser passer ; partout nous voyions régner l'hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur.


BOUGAINVILLE, Voyage autour du monde, chap. IX, 1771

 

 

 

 

 

 

 

Cliquer sur la photo ci-dessous

pour accéder à une vidéo sur le voyage de Bougainville

 

 


Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 2 octobre 2012 2 02 /10 /Oct /2012 12:00

 


Photo i-voix


C'est à Livorno que des valeurs essentielles des philosophes des Lumières furent diffusées bien avant le 18ème siècle
. Ainsi, entre 1590 et 1603,  furent proclamées les « Lois livournaises » (Leggi Livornine) aussi dites « Constitution Livournaise »Constituzione Livornina). Ces lois prévoyaient l'immunité, des privilèges et des exonérations en faveur des marchands, quelle que soit leur provenance, mais garantissaient également et surtout la liberté de culte. De plus, toute personne ayant été condamnée pour des délits (à l'exception du meurtre et de la fausse monnaie) avait accès libre à la « Terre de Livourne » (Terra di Livorno). 
(
« ...A tutti voi, mercanti di qualsivoglia nazione, Levantini, Ponentini, Spagnoli, Portoghesi, Greci, Tedeschi, Italiani, Ebrei, Turchi, Mori, Armeni, Persiani ed altri [...] concediamo [...] reale, libero e amplissimo salvacondotto e libera facoltà e licenza che possiate venire, stare, trafficare, passare e abitare con le famiglie e, senza partire, tornare e negoziare nella città di Pisa e terra di Livorno... » 

Ces lois donneront à Livourne les caractéristiques d'une ville cosmopolite, tolérante, multiraciale et multi-religieuse. N'importe qui peut professer son culte, de nombreux édifices religieux et cimetières seront construits par les diverses communautés religieuses et étrangères de la ville : Juifs, Arméniens, Grecs, Hollandais...

 




C'est à Livorno que sont publiés « Des délits et des peines » (Dei delitti e delle penedes) de Cesare Beccaria en 1764 qui dénonce la peine capitale et la torture. Voltaire et Diderot défendront aussi ces positions.

«  Il me semble absurde que les lois, qui sont l’expression de la volonté publique, qui détestent et punissent l’homicide, en commettent un elles-mêmes, et, pour éloigner les citoyens de l’assassinat, ordonnent un assassinat public

"Enfin le moyen le plus sûr mais le plus difficile de lutter contre le crime est de perfectionner l’éducation"





C'est à Livorno qu'est publié le premier volume italien de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert !



Article sur Livourne dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert
Extrait :
 "La justice s’y rend promtement, régulierement, et impartialement aux négocians. Toute secte & religion y jouit également d’un profond repos ; les Grecs, les Arméniens y ont leurs églises. Les Juifs qui y possedent une belle synagogue & des écoles publiques, regardent Livourne comme une nouvelle terre promise."



C'est à Livorno en 1786 que le grand Duc Leopold 1er de Toscane instaure une mesure d'avant-garde pour l'époque, à savoir l'abolition de peine de mort ! Le 30 novembre 1786, après un moratoire de fait sur les exécutions (dont la dernière remontait à 1769), Léopold promulgua la réforme du code pénal qui abolit la peine de mort et ordonna la destruction de tous les instruments destinés aux exécutions sur son territoire. La torture fut aussi bannie. En 2000, les autorités régionales de Toscane ont institué un jour férié pour célébrer l'événement.


Photo i-voix



Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 1 octobre 2012 1 01 /10 /Oct /2012 12:00



Le livre Lettres persanes est un roman épistolaire de l'écrivain français MONTESQUIEU, paru clandestinement au printemps 1721 à Amsterdam. Usbek, un seigneur persan, accompagné de son ami Rica, y fait un voyage en Europe jusqu'à Paris. Une correspondance s'établit avec des proches restés en Perse et avec des amis rencontrés dans les pays traversés.


Dans cette oeuvre-phare de la philosophie des Lumières, Montesquieu a choisi Livorno comme une étape du voyages des héros !



Source-image

 


Voici la lettre 23 qu'Ubsek adresse de Livorno à son ami Ibben :

une ville que le philosophe des Lumières associe à la liberté ...

 

 

LETTRE XXIII.

 

USBEK A SON AMI IBBEN.


    Nous sommes arrivés à Livourne dans quarante jours de navigation. C'est une ville nouvelle ; elle est un témoignage du génie des ducs de Toscane, qui ont fait d'un village marécageux la ville d'Italie la plus florissante.

    Les femmes y jouissent d'une grande liberté : elles peuvent voir les hommes à travers certaines fenêtres qu'on nomme jalousies, elles peuvent sortir tous les jours avec quelques vieilles qui les accompagnent : elles n'ont qu'un voile. Leurs beaux-frères, leurs oncles, leurs neveux peuvent les voir sans que le mari s'en formalise presque jamais.
    C'est un grand spectacle pour un mahométan de voir pour la première fois une ville chrétienne. Je ne parle pas des choses qui frappent d'abord tous les yeux, comme la différence des édifices, des habits, des principales coutumes : il y a, jusque dans les moindres bagatelles, quelque chose de singulier que je sens et que je ne sais pas dire.

    Nous partirons demain pour Marseille : notre séjour n'y sera pas long. Le dessein de Rica et le mien est de nous rendre incessamment à Paris, qui est le siège de l'empire d'Europe. Les voyageurs cherchent toujours les grandes villes, qui sont une espèce de patrie commune à tous les étrangers. Adieu. Sois persuadé que je t'aimerai toujours.

   

 A Livourne, le 12 de la lune de Saphar, 1712.

 

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782253082224.jpg

  Source-image

 

 


Par i-voix - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 17:07

 

Chere Ritù..

 

Bonjour Ritù! Comment vas tu? Bien j’éspére.

Je t’écris cette lettre puor te dire que maintenant j’habite à Paris et plus à New Delhi ; ici les gens me regardent comme si je semblais une étrangere seulement à cause de la coleur de ma peau.

Il n’y a rien qui fait partie de ma tradition !..

En fait les gens mangent de la viande de vache alors que chez nous la vache est un animale sacré !.. à grand pas  la  noel approche  une fete religeuse, en decembre.

J’ai connu un prof d’histoire qui m’a raconté cette fete, qui selon moi est une fete consumiste et pas religeuse.

Maintenant je dois aller au centre ville avec mon amie Françoise !

Aurevoir..

 

                                                                                                             Grosses Bises

                                                                                                               - APU -

Par Costanza - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 15:21





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

ROUSSEAU (s’asseyant avec raideur) : Vous vous demandez sans doute Monsieur, le motif de ma présence ici. J’ai moi-même longtemps hésité, puis me suis décidé à venir vous voir.

 

VOLTAIRE : C’est…un plaisir. Mais dites-moi donc, que me vaut votre visite ?

 

ROUSSEAU : Et bien écoutez : quelque chose me tracasse depuis longtemps. Depuis, en fait, que j’ai reçu votre première lettre... Monsieur, me haïssez-vous ?

 

(Voltaire regarde longuement Rousseau, puis après un petit rire reprend la parole d’une voix détachée, avec un sourire au coin des lèvres)

 

VOLTAIRE : Ne faites pas l’enfant mon cher, pourquoi dites vous cela ?

 

ROUSSEAU (fronçant les sourcils, sur le ton de l’évidence) : Vos lettres sont quelque peu blessantes en vérité, vous n’êtes pas vraiment respectueux en vers moi. La raison je ne la connais pas, c’est à vous de me l’apprendre.

 

VOLTAIRE (ironiquement) : Comme vous parlez crument ! Mon but n’était nullement d’être méchant, juste de vous exposer mon point de vue sur votre ouvrage, ou sur vos idées. (Il parle très distraitement, en regardant le bouquet de fleurs des champs) J’ai peut-être été un peu… trop direct ? Pas assez caressant ?

 

GREUZE - Un étudiant (1757)

 

(Rousseau reste sans voix quelques secondes. Voltaire  se lève pour réajuster le bouquet dans son vase. Il essaye vainement de le rendre plus attrayant, en changeant la disposition des fleurs, la tête penchée.)

 

ROUSSEAU (bégayant) : Nos points de vue sont en effet assez différents, mais est-ce une raison pour m’écrire de telles choses ? Réduisant mes espoirs à néant, et l’admiration sans failles que j’avais pour vous à une admiration teintée d’amertume ?

 

VOLTAIRE (tournant la tête vers Rousseau) : Vous m’admirez donc toujours ? (Rousseau ne répond pas) Peu importe… Même si je ne suis pas d’accord avec vous sur bon nombre de choses, même si vous pensez que je vous hais, même si vous n’êtes pas venu ici pour philosopher, ne voulez-vous pas rester un peu, et tenter d’éclaircir cette sombre histoire de point de vue ? Cela peut être cocasse. Parlons, si vous le voulez bien, du plus grand bonheur au monde. Quel est-il pour vous ?

 

(Voltaire, prêt à écouter Rousseau, retourne s’asseoir en face de lui.)

 

ROUSSEAU : Pour moi, c’est bien simple : une journée idéale commencerait par me lever aux aurores, et admirer le ciel rougeoyant, le soleil aux couleurs changeantes et chaudes ; la nature qui s’éveille, pleine de puissance. Seul bien sûr, afin de mieux réfléchir à toute cette beauté sans dérangement extérieur. Ensuite, j’irais me promener en forêt, humer toutes les odeurs de terre fraiche, de rosée, de fleurs et de champignons. J’admirerais les éléments m’entourant, tous parés des plus belles richesses, que la nature leur offre. Avec un peu de chance, je verrais une biche, demoiselle farouche, s’abreuver à un ruisseau. Je rentrerais le soir, la tête pleines d’images, de pensées, de souvenirs et de plaisir, manger quelque chose, écrire quelques pages peut-être. Puis, j’irais m’allonger dans mon lit, et m’endormirais en espérant que le lendemain soit semblable à cette journée.

 

(Rousseau marque une pause, guète la réaction de Voltaire. Le visage de ce dernier n’exprime pas d’expression. Il acquiesce poliment.)

 

ROUSSEAU : Cela ne vous convainc pas Monsieur ? Ne seriez-vous pas heureux de vivre cela ? Il suffit d’essayer, vous serez sans doute conquis.

 

VOLTAIRE : J’en doute fort, cher ami. Une journée idéale serait pour moi différente sur quelques points. Tout d’abord, je ne me lèverais pas trop tôt, il me faut être en forme pour ne pas somnoler pendant la soirée à venir. Lorsque j’ouvrirais les yeux, on me servirait un déjeuner royal et copieux. Les odeurs que j’humerais seraient celles des fruits confits, du lait chaud et des pâtisseries, non celles de la terre, mousse ou autre magnifique broutille. Les beautés que j’admirerais durant la journée seraient bien plus attrayantes que vos arbres : j’irais rendre visite à quelques amis dans de gigantesques palais dorés, les murs seraient parés de mille tableaux, le sol de mille tapis, et tout autour de moi serait luxueux et abondant.  Les demoiselles farouches que je côtoierais ne seraient guère des biches, Monsieur. Mais les plus belles femmes du pays. Lorsque la nuit tomberait, un grand bal serait ouvert, et la fête ne s’arrêterair qu’au petit jour. Banquet, musique, danse, et amis seraient au rendez-vous.

 

ROUSSEAU (doucement) : Ce sont ici des plaisirs bien superficiels…

 

VOLTAIRE : Superficiels ? Ce sont des plaisirs communs à beaucoup. Nous ne sommes, hélas pour vous, plus à l’état sauvage. Nous sommes des gens civilisés, savez-vous ? Le progrès nous apporte bien des choses : le confort, la médecine, la connaissance que l’on peut faire partager à son entourage…

(...)



VOLTAIRE : Mais enfin, mon bon Rousseau ! Le monde se bonifie avec le progrès. Un retour en arrière serait tout d’abord impossible, et de plus, néfaste. Un jour, cela ne m’étonnerait qu’à moitié de vous voir vêtu de peaux dans la forêt, à la recherche de gibier.

 

ROUSSEAU (révolté) : Je vous respecte, vous et vos idées Monsieur. Tachez d’en faire de même je vous prie.

 

VOLTAIRE : Navré, je m’emporte un peu. Mais il y a des choses que vous ne pouvez guère enlever à mon argumentation : la médecine par exemple.

 

ROUSSEAU : Je ne suis en aucun cas contre la médecine,  ceci est une excellente chose. Je ne suis d’ailleurs pas du tout opposé au progrès en général, mais bien à la société de nos jours. Et surtout à la façon dont elle a rendu les hommes mauvais.

 

VOLTAIRE : Comme vous êtes haineux envers le genre humain !

 

ROUSSEAU : Pas le moins du monde. Je pense l’homme bon par nature.  Tenez, par exemple, durant ce que j’appelle le second état de nature, il n’y avait ni inégalité, ni fourberie. Les hommes devaient alors vivre dans le bonheur, l’harmonie et la sagesse.


(...)


FRAGONARD - Conversation galante dans un parc (1754)


 

VOLTAIRE : Moi je pense que la compagnie, qui fait partie de mes bonheurs personnels, permet l’échange d’idées et le recul sur soi. Discuter est l’un des meilleurs outils pour réfléchir profondément… Voyez comme nous sommes différents ! Mais néanmoins, n’aimez-vous pas, de temps en temps, philosopher entre amis ? Peut-être ces derniers se font-ils rares. Quoi qu’il en soit, le bonheur pour moi passe par l’entourage… Et lorsque l’entourage est féminin, le bonheur n’en est que décuplé. Pour les femmes, avouez que votre adoration pour le naturel et le sauvage est quelque peu changée. Nul ne peut proclamer ne pas être heureux s’il est aimé par une femme comme celle-ci : ronde et fraiche, richement habillée, portant mille rubans dans la chevelure, doucement parfumée et belle comme une reine. Et non par une souillon, sauvageonne, sale et mal vêtue,  cheveux sur les épaules et ongles crasseux.

 

ROUSSEAU : Je ne suis pas coureur de jupons Monsieur, bien au contraire. Et sachez que le genre de femme qui me rendrait heureux n’est ni l’une ni l’autre d’entre vos deux propositions. Mais si je devais vous décrire mon idéal féminin, ce serait celui-ci : l’habit m’importe peu, la classe sociale tout autant. Je l’aimerais pour ce qu’elle est, non pas pour ce qu’elle possède. Vive d’esprit, gentille et pleine de sagesse. Cela ne l’empêcherait pas d’être ronde et fraiche, doucement parfumée et belle comme une reine. Ou devrais-je dire, comme une biche des bois, Monsieur. Voyez-vous ?


(...)


FRAGONARD - La lettre d'amour (1770)



 

ROUSSEAU : Me voila rassuré. J’espère ne plus avoir de mauvaises surprises en lisant vos lettres, si un jour nous nous réécrivons. Au revoir Monsieur Voltaire !

 

(Il sort. Voltaire va se rasseoir à son siège)

 

VOLTAIRE (criant) : Et merci pour les fleurs ! Bouquet original, quoiqu’un peu simplet…




CHARDIN - Fleurs dans un vase (1760) 

Par Zoé - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 14:53





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

VOLTAIRE (l’invitant à s’asseoir sur une chaise) : Asseyez-vous !

(Rousseau accepte enfin la proposition et s’assoit. Les deux hommes se dévisagent à nouveau.)


VOLTAIRE : Cacambo ! Veuillez servir notre invité du meilleur vin que nous possédons je vous prie. 


(Le serviteur sort du grand salon. Rousseau ne dit mot)


ROUSSEAU : Je ne comprendrai jamais comment un homme tel que vous peut asservir quiconque. Je dois le reconnaître, je vous pensais plus respectueux, plus déférent, plus humble.


VOLTAIRE  : Mon cher ami, cet homme pour être heureux se devait de travailler, c’était le seul moyen de rendre sa vie supportable, je n’allais pas le laisser dans la misère tel un sauvage ! Moi, je rends service à ces pauvres gens. Vous, vous les célébrez sans les aider. Quel intérêt ?


ROUSSEAU : Alors c’est cela, pour vous, la définition du bonheur ? Travailler ? Je considère qu'aucun homme ne doit être dominé par un autre quels que soient ses besoins. Je considère que tout homme doit être libre de vivre où bon lui semble. Je considère aussi que tout homme doit faire ses propres choix et non être obligé d’exécuter ceux des autres.


VOLTAIRE : Je ne l’ai obligé en rien. J’ai toujours regardé le travail comme la plus grande consolation des malheurs inséparables de la condition humaine. Ce travail lui permet d’être heureux et d’élargir ses connaissances rien qu’en m’observant  … Même si je suis sénile, malade, presque infirme.


(Cacambo revient avec un plateau, le regard triste et fatigué. Il le pose sur la table et s’en va.)

 

(...)

 

 

CHARDIN  (1738)

 

 

VOLTAIRE : Vous avez tout compris. Vous vous éloignez de la société alors que vous en faites partie. Vous avez aidé à la créer. Vous êtes un philosophe, vous êtes donc pour l’accroissement des connaissances, mais vous critiquez le progrès. Pour moi, c’est être malhonnête, excusez-moi.

 

(Rousseau se lève prêt à s’en aller.)


ROUSSEAU : Vous me dites malhonnête alors que depuis mon arrivée, vous me flattez avec vos mensonges ? Vous ne proférez que mensonges sur mensonges, méchancetés sur méchancetés. N’allez pas dire par la suite, que l’homme à notre époque est un être bon. Vous savez bien que c’est faux, vous en êtes la preuve !


 

 

 

  

CHARDIN - La blanchisseuse (1735) 

Par Juliette - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 02:14





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

ROUSSEAU : Je ne vous demande pas de m’aimer loin de là, juste de me laisser parler, de m’écouter, de comprendre que des gens puissent avoir des visions du monde différentes, comme pour moi le bonheur qui je pense se trouve dans la vie à l’état nature ! Dans laquelle en l’occurrence nos ancêtres vivaient. Avec mon livre je ne veux pas de retour en arrière ! Me prenez-vous pour un imbécile? Croyez vous vraiment que cela est possible et que je serais assez naïf pour le croire ? Je tiens juste à faire partager mon point de vue, mais vous ne voulez rien entendre ! Pour vous, le bonheur, c’est votre époque ! Le siècle de fer comme vous dites … Vous trouvez vraiment çà beau, le fer ? Cette couleur est sûrement des plus laides et ce métal des plus laids !

 

VOLTAIRE (quittant sa fenêtre pour se rapprocher de ROUSSEAU) : Tout d'abord ; ce n'est pas que je ne veux rien entendre, au contraire tout ce que vous dites me va droit au cœur ! C'en est tellement vrai que j'ai envie de vous embrasser. (ROUSSEAU fait une grimace). En effet, j'aime mon siècle : il ne vous plait point, quel dommage ! Et bien dans ces cas-là fabriquez vous une machine à remonter le temps ! Vous n’êtes pas tombé dans la bonne époque, navré pour vous. Mais excusez-moi, je ne vois pas en quoi vous considérez votre époque utopique comme siècle d’or ! Il me semblait pourtant qu’à cette époque l’argent n’existait pas, que tout était à tous …

 

(...)

 

 

VOLTAIRE : Dommage, peut-être auriez vous fait un vénérable homme courant tout nu après un singe poilu. Je vous y vois bien, tiens !

 

(VOLTAIRE part dans un fou rire avant que ROUSSEAU ne le coupe)

 

ROUSSEAU : Peut-être en effet, mais cet homme tout nu, peut être aurait-il moins de soucis que vous ! Lui vit comme il l'entend, lui ne s'est pas fait virer de toutes les cours d'Europe, lui n'a pas besoin de s'exiler de peur d'être jeté ! Il est libre, cet homme, il va où il veut quand il le souhaite, il n'a pas d'obligations et pas de devoirs, mais il n'a pas besoin d'en avoir, car pour lui le respect est une chose des plus normales puisqu'il ne connaît  ni l'argent ni le progrès et c'est une bonne chose !

 

VOLTAIRE : Nous avons apporté la connaissance, le progrès et la notion d'argent dans certaines contrées dont vous défendez la cause, bien malheureusement et avec une efficacité bien maladroite ! Le bonheur dans lequel je vis, j'ai envie de le faire partager, et non pas comme vous de le faire subir !

 

 

 


 

 WATTEAU - Les plaisirs du bal (1715) 

Par Fanny - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 14:38





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

 

VOLTAIRE : Avez vous fait bon voyage, mon bon ami ?  (...) Vous me paraissez fort crotté pour un si grand écrivain ! (Voltaire a un léger rictus)

 

(...)

 


 

ROUSSEAU (il l'interrompt) : Mais, si comme vous dites, l'évolution de l'homme fait son bonheur, alors l'inégalité, l'injustice, l'esclavage, le despotisme, les guerres ont fait le bonheur de l'humanité ? Alors, nous sommes de jolis monstres sanguinaires. Nous prenons plaisir à tuer pour de l'or, pour avoir des objets plus rares que d'autres, pour de la nourriture...... ( Après réflexion ) Donc les hommes tuent pour le besoin matériel. Or, vous m'avez dit que le besoin matériel faisait le bonheur des hommes. Donc vous pensez que tuer rend l'homme heureux, que les injustices, que les guerres, que le despotisme nous rendent heureux ? Eh bien, je ne sais pas quel homme vous êtes pour penser de cette manière !

 

 

 

(Les deux hommes vont reprendre quand une voix les interrompt)

 

UNE VOIX : Monsieur, Monsieur de Voltaire, il y a un gueux qui demande à être reçu ! Il dit qu'il est paysan, de plus, il est propriétaire d'un jardin près de votre château ! Il semble vraiment très malheureux !

 

(...)

 

 

VOLTAIRE : Sottise que ce discours, cela n'a aucun sens ! Ne pensez-vous donc pas que les arts, font le bonheur des hommes? Que le progrès culturel est venu adoucir nos mœurs et purifier nos âmes ?


(En faisant de grands gestes il renverse son encrier. Il va pour le ramasser mais, en se baissant il fait tomber sa perruque dans la flaque d'encre. )

 

Fichtre !! Quelle journée !!

 

ROUSSEAU : Vous n'êtes pas heureux peut-être ? Regardez c'est de l'art cette tâche d'encre !

 

 

 

 

CHARDIN - Le château de cartes  (1736) 

Par Mathieu - Publié dans : Lumières
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

i-voix

i comme iroise    voix comme résonances littéraires
i comme italie           voix comme choeur de lycéens
i comme eTwinning    voix comme voix d'aujourd'hui

Calendrier

Juin 2013
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Catégories

Recommander

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés